à propos des drogues

 


Questionnaire d’auto évaluation de consommation de cannabis

Votre entourage s’est-il plaint de votre consommation de cannabis ?

 

  1. Avez-vous eu des problèmes de mémoire immédiate ?
  2. Avez-vous déjà eu des épisodes délirants lors de l’usage de cannabis ?
  3. Considérez-vous qu’il est difficile de passer une journée sans « joint » ?
  4. Manquez-vous d’énergie pour faire les choses que vous faisiez habituellement ?
  5. Vous êtes-vous déjà senti préoccupé par les effets de votre usage de cannabis ?
  6. Avez-vous plus de difficultés à étudier, à intégrer des informations nouvelles ?
  7. Avez-vous déjà essayé sans succès de diminuer ou d’arrêter votre usage de cannabis ?
  8. Aimez-vous « planer », « être défoncé(e) », « stone » dès le matin ?
  9. Etes-vous de plus en plus souvent « défoncé(e) » ?
  10. Avez-vous ressenti le « manque », des maux de tête ,de l‘irritabilité ou des difficultés de concentration quand vous diminuez ou arrêtez l’usage du cannabis ?

 TROIS réponses positives ou plus suggèrent un usage problématique de cannabis.


Source :M. Reynaud, In Le courrier des addictions(3), 1,mars 2001


réponse à des questions sur la drogue

 

 

J'aurais aimé savoir pourquoi avez-vous commencé à prendre de la drogue?

 

Il existe plusieurs motifs que je pense avoir identifié et certainement d’autres que j’ignore encore. Combien de jeunes savent vraiment pourquoi ils se droguent ou se sont drogués?

 

         J’ai dix-sept ans à l’époque, aucun projet d’avenir, rien de valable dans ma vie, à mes yeux du moins, et je traîne avec ennui d’un plaisir à l’autre. Je pense n’avoir pas appris à affronter les réalités de la vie face à face.  Des idées révolutionnaires, une pensée jouisseuse issue de la mentalité issue de mai 68 me disent qu’il y a un « projet de vie » qui consiste à s’éclater. La drogue est sous-tendue dans les propos de groupes musicaux que j’écoute frénétiquement, les projets contestataires auxquels j’adhère aveuglément s’en servent comme d’un levier subversif. Tout cela est très désespéré et ne mène nulle part, mais je ne réfléchis pas comme ça à ce moment. Je crois que c’est la vision de ceux que je rencontre en train de s’éclater avec un joint qui me fascine. Une fois, deux, trois, je refuse et puis finalement j’accepte, par curiosité imbécile. J’oublie alors toute règle de prudence, mais est-on prudent quand on pense avant tout au plaisir et qu’on est immature comme un adolescent ?

  

                La drogue me donne l’illusion de maîtriser quelque chose, d’avoir une emprise sur ma vie et un projet à court terme, celui de me défoncer. Mes copains, il n’y a pas d’amis dans ce monde, deviennent tous des drogués, mes loisirs tournent autour de la drogue, je n’envisage même plus de faire quelque chose sans la drogue. En fait, je ne fais plus rien que de me droguer, tout le reste, je le vis au ralenti, par obligation. Ma vie devient pour moi un fardeau que je rends léger et supportable avec la drogue.

                Je suis devenu un toxicomane en six mois, le piège s’est refermé sur moi sans m’en rendre compte. Pire encore, j’ai couru vers ce piège. Il me faudra huit ans pour aller au bout puis arrêter définitivement. Et j’estime avoir eu de la chance. D’autres autour de moi n’ont jamais arrêté, ont raté des choix importants dans leur vie, où en sont morts.

              Mes motivations d’alors, c’est m’éclater et jouir. Je croyais naïvement que je pouvais avoir tout, tout de suite, je n’avais alors aucun idéal ni foi. Plutôt que de régler mes problèmes par la vie, j’ai eu l’illusion de les neutraliser, en fait de les fuir par la drogue. J’étais fragile, paumé, immature, je voyais la vie en négatif, j’étais particulièrement en danger en rencontrant la drogue.

 

       Les effets que cela vous apportait et que vous recherchiez?

  

         Je recherchais des sensations, différentes selon les moments et les drogues que j’ai prises, des expériences nouvelles, une évasion d’un monde gris et terne.

        Avec la cocaïne et les amphétamines, l’excitation, la fatigue disparaissaient, je me croyais invincible. Quand le produit avait fini son effet, j’étais lessivé et je n’avais pas vu le temps passer.

          Avec l’héroïne, les rares fois ou j’en ai pris, c’était étrange ce qu’on ressent, on est comme dans du coton, à distance de la réalité, beaucoup de plaisir. Vraiment spécial !

Je n’ai pas trop apprécié et la seringue et l’image de cette drogue ne m’ont pas incité à recommencer. La aussi, j’ai eu de la chance.

        Avec le LSD, des hallucinations, j’imaginais un monde différent, je perdais le contact avec la réalité. Je n’ai consommé que quelques fois.

           Les médicaments détournés avaient des effets déroutants difficiles souvent à maîtriser. Trop incertain pour continuer.

        Avec le cannabis, j’ai fait le tour de tout ce qu’il était possible de faire à l’époque, fumer  presque en permanence, par tous les moyens, sous toutes les formes, tisanes, gâteaux, en consommer plusieurs jours en continu ou des quantités impressionnantes, des mélanges avec d’autres drogues ou de l’alcool. J’ai même été vivre à Amsterdam pour ne faire que ça. Cela a été pour moi la drogue la plus agréable à mon goût et la plus difficile à quitter.

Huit ans de consommation.

 

         Comment vous en êtes vous sorti?

 

               Grâce à l’engrenage de la violence que je pratiquais alors qui m’a amené à avoir une certaine lucidité à l’occasion d’une grande peur. J’ai fui, simplement tout ce que ce monde représentait. Grâce à ma mère et à mon acte de courage de revenir vers elle, j’ai pu poser mon sac et faire enfin des choix.

               Grâce aux ressources que j’ai puisées en moi et qui m’ont entraîné à choisir un chemin tous les jours, j’ai jugé nécessaire de m’éloigner des drogués, pour retrouver mes capacités, réinvestir ma vie, redevenir honnête et loyal envers moi et les autres.

         Tout cela m’a aidé à progressivement gagner l’estime de moi et la confiance des autres. Avec une exigence de vie, le sport, des choix sociaux et moraux comme cadre et un projet de vie, la drogue n’avait plus sa place dans mon existence.

         La grâce des sacrements, confession et communion, m’ont aidé à ne plus en avoir envie, à nettoyer ma mémoire des souvenirs de plaisir que j’y avais pris, à déraciner en moi des habitudes. Je sais que cet aspect peut être incompris mais il est certainement décisif dans mon arrêt définitif de la drogue fin 1985. 

 

 

         Les conséquences que cela a amené sur votre santé et votre vie?

 

        La première conséquence a été d’y avoir gaspillée mon adolescence, de l’avoir vécu par procuration, d’une façon illusoire. J’ai raté des choix importants pour me construire, des projets, dont je n’ai même pas ressenti le besoin. Je me fichais de tout ce qui me « prenait la tête ». Résultat, à trente ans, j’étais encore adolescent dans ma tête faute d’avoir mûri quand il le fallait.

               Il y a des rendez-vous cruciaux pour un jeune qui ne reviennent pas deux fois dans une vie. J’ai fait les plus mauvais choix en refusant de choisir vraiment. J’ai menti en permanence et trompé ceux qui m’aimaient pendant les années drogue. Je ne me suis pas respecté et je n’ai pas respecté les autres. Et j’ai gardé, longtemps après avoir arrêté, la tentation de fuir plutôt que d’affronter les problèmes, d’avoir recours à des produits pour être artificiellement convivial, l’alcool entre autres. Il m’a fallu du temps afin de retrouver la confiance en moi et la volonté d’aller de l’avant. Renouer le lien et familial et social par le travail, faire des projets concrets, m’y a beaucoup aidé.

             Pour la santé, j’étais devenu passif, avec une hygiène de vie déplorable et les conséquences que vous imaginez. C’est dans ces comportements dérisoires et pulsionnels que j’ai contracté le sida, par voie sexuelle avec une toxicomane héroïne morte depuis du sida. Je ne l’ai appris que treize ans plus tard.

          J’ai dû retrouver mes repères, me muscler et acquérir des règles de comportement, apprendre à faire des efforts et à suivre une morale naturelle exigeante. Cela a été dur, mais enthousiasmant. Puis, quand je me suis converti, cette morale de vie est venue conforter mes choix de catholique.

         J’ai gardé une certaine fragilité des voies aériennes, nez, gorges, sinus, depuis cette époque. Mais cela s’est amélioré avec le temps.

Chez certains drogués, d’autres pathologies graves peuvent se révéler avec un usage important. Je ne suis pas concerné.

 

 

          Et comprenez vous que certains artistes s'en servent pour y puiser de l'inspiration? (Notre sujet de TPE étant sur les artistes qui se droguaient et qui se droguent encore actuellement. Que ce soit peintres, chanteurs/musiciens, écrivains...)

 

             Avant de donner mon point de vue, je voudrais poser quelques éléments concrets.

Aucune drogue n’a la particularité, le pouvoir, de rendre une personne créative. Un crétin drogué reste un crétin, un génie drogué reste un génie. La créativité, le talent ne viennent jamais de l’usage d’un produit, mais d’un don reçu ou développé par le travail.

             L’artiste peut souffrir pour créer ou porter un déséquilibre en lui que l’usage de drogue semble atténuer. Mais il s’agit là plutôt de calmer une souffrance que de participer à une quelconque créativité.

         Quand Antonin Artaud, poète du début du XXè siècle, s’en prenait à la société qui interdisait l’usage de drogue, il était évident pour tout le monde que cet artiste était instable et déséquilibré. Ce n’est pas un jugement, mais un simple constat. L’image de sa revendication ne pouvait pas influencer la société parce que drogue rimait trop visiblement avec déséquilibre. Le pouvoir des médias par le travail de subversion des jeunes depuis les années 60 est parvenu à modifier complètement cette image en la faussant, avec des arguments malhonnêtes et pseudo scientifiques. Il est devenu impossible de les contester dans les médias et de prouver leurs égarements. Les jeunes confondent donc trop souvent drogue et positif, parce qu’on ne les aide pas à exercer leur esprit critique mais qu’on les flatte dans leur fragilité. Certains finissent peut-être naïvement à force de matraquage médiatique et culturel par croire que c’est la drogue qui rend créatif. Ce n’est en rien fondé sur des faits scientifiques, malgré tous les écrits sur ce sujet.

              Le drogué sous l’emprise du produit est souvent incapable de retranscrire ce qu’il a pu ressentir en musique ou texte. Mais aujourd’hui ou tout et n’importe quoi est considéré comme de l’art, souvent sans réel talent, mais aidé par un montage informatique performant, ou par le conformisme artistique moderne qui a créé des dogmes de laideur et de provocation en prétendant transgresser tous les dogmes. Dans ces conditions fallacieuses, certains peuvent penser que d’avoir du talent c’est facile et que tout est de l’art. Il y a effectivement de multiples formes de créativité dont toutes ne sont pas ce qu’on appelle de l’art. Chacun a reçu des dons, qu’il peut développer, mais chez beaucoup cela restera intime. 

                 Or, nous vivons dans la civilisation de l’image et de l’apparence qui fausse tout. C’est beaucoup plus exigeant et moins facile dans la réalité. Et les apparences peuvent être trompeuses ou manipulées. En tout cas, la drogue n’a jamais aidé à créer, peut-être calmé une angoisse d’un côté qui surgissait en créativité de l’autre. Mais on peut considérer alors le recours à la drogue comme un calmant pour un malade, pas comme le révélateur d’un talent.

           Si on replace les choses en perspective, la créativité authentique semble plutôt diminuer à notre époque alors que le nombre d’artistes augmente, souvent plus pour exprimer un mal-être personnel sans souci culturel réel sinon la provocation ou un besoin d’être reconnu. Beaucoup de plagiat sans apport nouveau, d’artifices en tout genre, mais la créativité et le talent dans tout ça ne sont pas toujours évidents. Et je reste modéré dans mon propos.

         Je dis ça aussi sans juger, mais parce la démagogie ne rend jamais service. Certains s’égarent dans une voie illusoire et les vrais créatifs sont noyés et peut-être découragés dans la masse. La reconnaissance ne va pas forcément à ceux qui la méritent.

Je pense que le recours à la drogue est venu emplir un vide humain, affectif, spirituel propre à notre époque, mais sans jamais parvenir à le combler. La drogue est un symptôme d’un mal de vivre, d’une souffrance, aussi chez certains d’un refus du travail nécessaire pour conquérir son existence et faire de grandes choses de sa vie. Les jeunes n’ont pas assez appris de la part d’adultes doutant trop souvent d’eux ou carrément défaillants ou absents.

           La drogue est un mensonge et une illusion, mais ne crée pas, ne résout jamais rien, enferme dans une impasse. Les artistes qui se droguent sont rarement montrés honnêtement dans les conséquences de leur usage de drogue. Combien de morts, de vies brisées, de réussite éclair suivie de déchéance, de gâchis humain ? Tous les Jimi Hendrix, Janis Joplin, Brian Jones, Jim Morrisson,  Kurt Cobhain et tant d’autres étaient des blessés de la vie, certes avec du génie, et la drogue après les avoir trompés sur eux-mêmes les a tués.

C’est tout cela qui devrait nous inspirer une réflexion profonde sur la valeur de la vie, l’usage de notre liberté et ce que nous transmettons de nous aux autres.

 

         Que laissent comme message de vie et de joie ceux qui s’appuient sur la drogue pour évacuer leur souffrance ou affirment aux jeunes que de se droguer est une attitude comme une autre ?  

 

Dominique Morin

 

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